Ces différents travaux s'accomplissent dans un ordre parfait, et avec cette admirable discipline dont les marins offrent de si magnifiques exemples dans les situations les plus désespérées.

Le temps est toujours affreux. Le vent ne cesse de souffler en tempête, poussant les glaçons à l'assaut les uns des autres, prenant le pack en enfilade, le tordant sur les flots qui résistent et menacent à chaque moment de produire un gigantesque effondrement.

La neige tombe en flocons serrés, intenses, aveuglants. On ne voit rien à vingt mètres. Si parfois les nuages gris de plomb sont balayés par l'ouragan, la tempête redouble de rage, tant ces innombrables corpuscules paraissent, en dépit de leur ténuité, faire obstacle à sa fureur.

Alors on aperçoit brusquement un soleil aux lueurs crues, éblouissantes, qui affectent douloureusement les yeux et occasionnent des migraines atroces.

Chose bizarre, bien que cette incandescence n'élève pas sensiblement la température ambiante, elle produit sur la peau une sensation de chaleur très vive, presque pénible.

Aussi, arrive-t-il qu'un homme, immobile en plein soleil, se trouve gelé d'un côté et légèrement échaudé de l'autre.

Pendant la nuit, le thermomètre descend généralement à −30°, mais il marque pendant le jour, environ −20°. Ce qui, en somme, est supportable.

Du reste, les hommes, tenus en haleine par leurs travaux menés fiévreusement, n'ont point trop à souffrir. Le soir venu, ils s'endorment harassés, et s'éveillent avec cette sensation désagréable bien connue de ceux qui ont bivouaqué dans la neige. Il semble que les yeux sont gelés sous les paupières cerclées de glace, comme aussi les gencives qui demandent des frictions énergiques pour récupérer leur température.

Ils ont d'ailleurs construit des maisons de neige à la façon des Esquimaux, grâce aux conseils d'Oûgiouk passé architecte, et se trouvent aussi bien que possible sous ces abris primitifs.

Quand le temps est très clair, il arrive parfois qu'on regarde, d'une manière en quelque sorte inconsciente, du côté des Allemands dont, par un accord tacite, on ne parle jamais.