Sans doute, il avait regimbé. Mais quel homme, dans sa position n'eût pas protesté de toutes ses forces, à l'idée d'abandonner une lutte à peine commencée, pour devenir l'humble convoyeur du rival victorieux.
L'essentiel était donc de poser les préliminaires d'une transaction, et ces préliminaires une fois établis, attendre patiemment que la famine rendit l'adversaire plus maniable.
—Bah! se disait-il pendant que son traîneau l'emmenait à toute vitesse, il capitulera!
«Ces belles déclarations, ces phrases sonores, ces ripostes indignées... tout cela, c'est de la fanfaronnade.
«Un homme, placé devant cette alternative: manger ou crever de faim, vivre ou mourir, n'hésitera jamais.
«Et je verrai, au moment de la débâcle, mon rodomont de Français, venir piteusement solliciter ce qu'il vient de refuser.
«Pardieu! je sais attendre, et j'attendrai!...
«Je serai, d'ailleurs, bon prince et je n'abuserai pas de la situation... ce sera bien assez d'en user.»
Et meinherr Pregel, rasséréné par cette agréable perspective, rallia son campement où l'attendait, sous les maisons de neige, son personnel à demi gelé.
Du reste, malgré la rigueur des éléments, on chercherait en vain ces malades impudemment signalés à la commisération de l'officier français.