Le fouet d'Oûgiouk détone comme une carabine, les chiens tendent le cou et roidissent les pattes, les hommes se cambrent en avant, contractent leurs muscles et répètent avec un sifflement convulsif:

—Hisse!... oh!... hisse là!...

La chaloupe subitement déhalée, glisse lentement sur les patins de bois dont sa quille est sagement garnie, et s'avance avec un froissement doux sur la neige tassée.

En dépit de sa masse énorme, elle se déplace avec une vitesse relativement considérable, grâce à la vigueur de son moteur animé, grâce aussi à l'état de l'ancien chenal heureusement exempt d'aspérités.

Au bout de cinq minutes, elle a parcouru cent mètres.

—Halte! Reposez-vous un instant, mes amis.

Allons, cela va mieux qu'on ne l'avait craint au premier abord.

Maintenant, chacun est sûr de réussir. Les pipes sont allumées. Un nuage odorant enveloppe la petite troupe et fait tousser les chiens, quand retentit pour la seconde fois le commandement de: Hisse!

Cela va si bien que l'on chantonne entre les dents qui serrent le tuyau, un de ces petits airs guillerets dont s'accompagnent les marins quand ils virent au cabestan.

Cinq minutes après, nouvelle halte et ainsi de suite, pendant soixante-quinze minutes, exactement.