Personne à coup sûr. Puisque chacun, officiers et matelots, s'évertue à chercher un passage, une faille, une fissure, un rien, pour s'insinuer à tout hasard dans la banquise et remonter... oui, pardieu! remonter vers le Nord, et coûte que coûte!...
Eh! quoi... tenter la conquête du Pôle avec soixante jours de vivres, alors que l'hiver est à peine fini, et qu'une subite recrudescence de froid peut immobiliser, en plein enfer de glace, l'héroïque mais imprudent équipage.
Non seulement il y a pénurie de vivres, mais encore on manque de combustible, on n'a pour braver la rigueur de ces froids éventuels qu'une toile de tente.
Bien d'autres choses font encore défaut, et l'on pourrait ajouter à une longue liste une série d'et cœtera... ce qui, du reste, n'avancerait à rien et n'empêcherait pas la vaillante petite chaloupe de pointer audacieusement au nord-est, au-dessus de ce cap Northumberland, jadis entrevu par Lockwood.
Mais, dira-t-on, une pareille entreprise est insensée!... c'est un véritable suicide à échéance plus ou moins longue... c'est en un mot courir de gaîté de cœur au-devant de souffrances atroces, pour succomber infailliblement à une mort épouvantable.
Car, réussît-on même à atteindre le Pôle... et le retour?
Il paraît, comme prétendent les matelots, que le capitaine a son idée.
Sans cela, autant eût fallu accepter les propositions de l'Allemand et ne pas anéantir cette pauvre chère Gallia dont chacun porte le deuil dans son cœur.
La chaloupe marche toujours, traînant à la remorque son «train», sans que rien annonce une modification dans la configuration de la banquise.