«Or, notre température est aujourd'hui de −9°!
«A fortiori nous devons trouver les alentours du pôle plus abordables que les environs même de notre lieu d'hivernage.
... Comme pour donner raison au capitaine, le thermomètre demeure stationnaire, le chenal reste ouvert, et sans la présence d'icebergs assez nombreux, la flottille pourrait s'avancer de toute la vitesse du moteur électrique.
La plus élémentaire prudence ordonne de modérer son allure, sous peine de provoquer une irréparable catastrophe, par le heurt des prolongements sous-marins des montagnes flottantes.
Cependant le mouvement de translation, bien que très lent, n'en produit pas moins, par sa continuité, une progression fort appréciable. A tel point qu'après trois jours de navigation, la latitude observée par le capitaine fut de 85°!
On était alors au 1er avril.
Ainsi, l'expédition française avait déjà dépassé d'un degré quarante minutes l'Anglais Markham qui s'arrêta, l'on s'en souvient, par 83° 20′ sur la mer Paléocrystique, et d'un degré trente-sept minutes, le lieutenant de Greely, Lockwood, qui dut rétrograder par 83° 23′.
Malgré la cruelle perte du navire, malgré les misères endurées jusqu'alors, et surtout malgré l'effrayante pénurie de vivres, tous, officiers et matelots, sont pleins d'espoir et de gaîté.
A l'exception pourtant de Guénic, le maître d'équipage que les théories du capitaine laissent tout rêveur.
Le vieux Breton est parti sans hésiter à la conquête du pôle Nord. Il a enduré jusqu'à présent fatigues, privations et intempéries sans un murmure. Il est prêt à tous les sacrifices possibles pour assurer le succès de l'expédition à laquelle il collabore de tout cœur, en franc matelot. Çà, c'est entendu, et on peut compter sur lui.