Brusquement, les assaillants se dressent et sortent de l'eau jusqu'à mi-corps, projetant sur le bordage les deux crocs recourbés qui s'écartent en divergeant un peu. Quelques-uns manquent la paroi métallique qui grince et résonne. D'autres y vont de si bon cœur qu'ils fracassent avec un bruit sec les rudes appendices d'ivoire.

Sans se troubler devant la proximité de ces gueules béantes d'où sortent, avec de chaudes vapeurs des hurlements assourdissants, ni des regards féroces dardés par les gros yeux ronds bridés, luisants, les marins font feu à volonté, suivant leur inspiration.

Et rien de terrible et de grotesque à la fois, comme ces gueules gloutonnes qui se referment sur l'extrémité du tube de fer, puis se rouvrent convulsivement, après la détonation, en laissant échapper d'épais flocons de fumée... comme aussi, cette expression d'hébétement après cet effroyable choc interne qui, pourtant ne foudroye pas toujours la bête, tant ces grands mammifères possèdent de vitalité.

Il en est qui, à demi morts, la tête craquée comme un pot, ne lâchent pas prise, et se laissent pendre inerte, par leurs crocs passés au-dessus du bordage, au risque de faire chavirer la chaloupe qui roule affreusement.

Il faut, pour s'en débarrasser, briser avec le dos de la hache les défenses, qui éclatent en tirant des étincelles de l'acier.

La lutte est courte, mais effrayante. Les matelots, sentant qu'ils combattent pour leur existence, qu'il faut absolument vaincre ou mourir, déploient une vigueur surhumaine.

La lutte est courte, mais effrayante

A deux reprises consécutives, et à moins de trois minutes d'intervalle, on put croire que la chaloupe allait être culbutée. Un dernier effort, une grêle de coups de hache débarrassent enfin la pauvre petite Gallia tiraillée des deux bords par les amphibies démoralisés.

Avec une soudaineté comparable seulement à celle de l'attaque, et comme s'ils étaient pris d'une inexplicable panique, les survivants du drame polaire abandonnent le combat, et plongent à pic au milieu des eaux rouges comme les dalles d'un abattoir.