—Je supposais qu'il devait y avoir ici, ou tout au moins dans le voisinage, une terre, un continent, une île où nous pussions aborder...
«Il paraît que non. Car, sauf cet écueil que vous voyez à trois encâblures, nous n'apercevons rien.
«Ce roc ainsi placé, d'une façon providentielle, à une distance insignifiante du Pôle va du moins recevoir ce document qui attestera tout à la fois notre passage, notre priorité, notre prise de possession.
«Nul désormais ne pourra révoquer en doute notre découverte, devant cette preuve écrite, signée de moi, et scellée dans ce récif.
«En avant, matelots!... c'est notre dernier effort avant de songer au retour définitif.»
Il est trop juste de dire que les matelots semblent modérément enthousiasmés. Cette découverte d'une chose qu'on ne voit pas, cette course après une chose—il n'y a pas d'autre mot—qu'on trouve et qui demeure intangible, cette absence de mise en scène, tout cela suscite en eux un sentiment voisin de la désillusion.
Mais leur chef semble si heureux, qu'ils participent comme toujours de bon cœur et de confiance à sa joie.
Du reste, en thèse générale, le matelot n'est pas là pour se gaudir ou s'attrister, pour approuver ou improuver. C'est un élément de force et de travail, une machine humaine qui fonctionne par ordre, la plupart du temps sans comprendre, et parce que la discipline le veut ainsi.
Il est vrai qu'une année de vie commune, de souffrances intrépidement supportées, d'espoirs longuement caressés, de privations mutuellement endurées, ont depuis longtemps solidarisé tous les hommes composant l'équipage d'élite de la défunte Gallia.
De cette solidarité est née une sorte de camaraderie, qui, sans jamais faire tort à la discipline ou abaisser la dignité du commandement, a rendu les rapports plus intimes, plus cordiaux, plus affectueux.