Et elle suffira, n'en doutez pas, capitaine, car cette affirmation d'un homme tel que vous vaut toutes preuves écrites, et s'impose à tous, amis, ennemis ou simplement rivaux.


Après un repas qu'il eût voulu offrir plus substantiel à ses auxiliaires et qui se termina par une double ration—la petite fête du matelot—le capitaine s'orienta, puis commanda le retour.

Le soir venu, bien que chacun fût harassé, nul ne songeait à dormir, y compris les chiens dont la promiscuité devenait parfois bien gênante, quand on ne rencontrait pas quelque glaçon pour permettre aux pauvres bêtes de s'isoler un moment.

Le grappin mordit comme la veille dans le fond de glace et le bateau s'immobilisa.

Que cette expression: «le soir» n'implique pas, dans la pensée du lecteur, l'idée de ténèbres tombant lentement sur l'enfer de glaces pour ajouter encore à l'horreur de son silence. Il n'y a plus de nuit, car l'interminable journée polaire luit depuis longtemps sur ce point désolé de notre globe. Tellement désolé, tellement silencieux et morne, qu'il semble appartenir à un autre monde, à une planète en voie de décomposition.

Mais comme la vigueur humaine est limitée, comme les efforts des matelots pendant cette journée ont été considérables, le petit équipage s'installe pour prendre un repos mérité. Il fait grand jour, mais, d'après les conventions de notre chronologie, et l'habitude vicieuse d'ailleurs que nous avons de couper notre journée civile en deux fois douze heures, c'est la nuit.

Le dîner, plus que médiocre, une fois absorbé, on cause, et les marins qui ne peuvent, malgré tout, concevoir l'importance du voyage ainsi terminé en pleine mer, sur un point que rien ne détermine du moins à leurs yeux, restent mornes et déconcertés.

N'était la verve du Parisien, auquel Dumas donne la réplique, l'entretien tomberait bientôt au niveau du thermomètre qui marque en ce moment −12°.

—Enfin, conclut gravement le premier, nous voici en route pour les grands boulevards, après avoir vu un certain nombre de pays particulièrement quelconques, notamment celui des engelures, des bombes glacées, ou autres sorbets comestibles ou non.