La restauration des hommes, le chargement du véhicule n'ont pas duré une heure.

Le lieutenant demande aux marins s'ils se sentent assez forts pour retourner au campement sans prendre de repos.

Fatigués!... Allons donc!... ils sont bien repus, la carrière de viande leur semble inépuisable, la joie d'une semblable trouvaille, l'intervention merveilleuse de Pompon, tout cela, comme le dit le Parisien, leur a si bien remis le cœur à l'épaule qu'ils ne demandent qu'à partir.

Les voici bientôt en route, poussant vivement le traîneau chargé à en craquer de viande glacée, et sur lequel trône, comme une divinité, le digesteur chauffé à la graisse et embaumant le pot-au-feu.

Les voici en route poussant le traîneau...

Tout en cheminant, ils cassent un morceau de chair, le sucent et le grignotent avec la sensualité de gens qui vivent depuis si longtemps avec la fringale au ventre, et se livrent aux commentaires les plus extravagants sur l'origine de cette trouvaille en elle-même invraisemblable.

Ils arrivent aux iglous après une course ininterrompue de douze heures, époumonnés, trempés de sueur, à bout de force, mais radieux comme il convient à des hommes apportant le salut à des frères d'infortune.

Il est temps, d'ailleurs, grand temps. Quelques heures plus tard, de nouveaux et cruels vides creusaient les rangs de l'équipage.

Les malades n'ont plus que le souffle, et quelques-uns, parmi ceux que le scorbut n'a pas atteints, délirent.