«Exceptionnellement, les Suédois atteignent en 1868 la latitude 81° 42′. Mais cette même année, l'Allemand Karl Koldeway, commandant la Germania, s'arrête à 81° 5′, et en 1870 est pris dans les glaces par 77° 1′.

«Vous citerai-je enfin Leigh-Smith arrivant en 1871 à 81° 24′, alors que Scoresby, en 1806, montait à 81° 30′? Et l'échec du lieutenant suédois Palander... et celui plus récent de Leigh-Smith, qui par trois fois lutte en désespéré pour revenir vaincu?... Et cette terrible campagne du Tégetthoff commandé par des hommes comme le capitaine autrichien Weyprecht et l'intrépide lieutenant Payer! Un désastre, docteur... un désastre qui se termine par la perte du navire, sans autre résultat que de pouvoir dresser un cairn par 79° 61′.

«Donc, impossibilité reconnue, du moins jusqu'à présent, de s'élever plus haut que les Suédois en 1871.

—Cet historique est singulièrement éloquent, répond le docteur, et je comprends que vous n'ayez pas hésité...

—A choisir l'autre voie.

«Par le détroit de Smith, on a du moins la presque assurance d'atteindre les Eaux du Nord, impitoyablement barrées du côté du Spitzberg.

«C'est là un immense avantage, puisqu'on peut toujours ainsi s'élever de plusieurs degrés au Nord.

«Je ne vous ferai pas l'énumération des expéditions polaires entreprises de ce côté.

«Nous aurons occasion d'en parler au fur et à mesure que nous avancerons.

«Je vous dirai seulement comment je compte procéder, sauf modifications, suivant les exigences du moment.