«Là, où sir Georges Nares avait trouvé les blocs informes et monstrueux, s'étendant à perte de vue sur les flots invisibles d'une mer qu'il croyait à jamais emprisonnée, au point qu'il lui donna le nom d'océan Paléocrystique, Lockwood rencontra des passes navigables... et il n'avait que son traîneau!

«Qui peut prévoir jusqu'où il se fût avancé, s'il eût seulement disposé d'un misérable canot groenlandais!

—Il est évident qu'une pareille contradiction donne fort à penser.

«Cette région mystérieuse est véritablement féconde en surprises.

«On ne peut en effet taxer de légèreté un observateur aussi expérimenté, aussi consciencieux que le commodore anglais...

«Il a réellement constaté la présence de glaces dont la structure, le volume, la contexture indiquaient une formation très ancienne... il a cru de bonne foi qu'elles étaient là depuis des siècles, et supposé, selon toute vraisemblance, qu'elles y resteraient indéfiniment...

—Et six ans après, elles n'existaient plus!

—De telle façon que Markham et Lockwood sont immobilisés presque au même point, le premier par d'infranchissables hummocks, alors qu'il espérait trouver les eaux libres, le second par ces mêmes eaux libres, alors que, confiant dans l'affirmation de sir Georges Nares, il croyait continuer son voyage sur le champ de glace!

—Que comptez-vous faire?

—Ce double échec renferme un enseignement que je n'oublierai pas.