— Que faire ? dit Marie Erikow.
— Absurde aventure, gémit Leminhac. Ce paquebot…
Comme il disait ces mots, un homme d’une taille gigantesque, le visage haut en couleur et noyé dans une barbe flamboyante, entra dans le bar. Il était sobrement, mais fort proprement vêtu d’un complet de toile blanche très fine et dont la coupe était parfaite. Coiffé d’une casquette à visière vernie, il pouvait passer pour un marin, mais rien n’indiquait son grade et le nom du vaisseau.
— Ce gentleman, dit Helven, ferait un superbe horseguard.
— Ce doit être un officier de marine. Il y a une canonnière en rade, supposa Marie Erikow qu’intriguait la singulière prestance de l’inconnu.
Celui-ci s’assit à une table voisine et commanda une tasse de thé bouillant.
— C’est un homme qui a l’habitude des pays chauds, murmura Tramier.
L’homme souleva sa casquette. Une paire de lunettes vertes voilait son regard ; les joues étaient hâlées par le vent de mer ; le bas du visage se perdait dans le remous flamboyant de la barbe.
— Un Pactole, dit Leminhac.
Il y avait dans la physionomie du personnage, malgré ses manières aisées et la bonhomie avec laquelle il s’adressait, en espagnol, au garçon du bar, une telle étrangeté, — due peut-être aux deux disques verts qui auréolaient ses orbites — que les quatre voyageurs éprouvèrent quelque gêne à reprendre leur conversation.