— C’est bien simple.

— Mais encore ?

— Le registre de l’hôtel, chère Madame. Le portier me l’a dit.

Cigares et cigarettes brasillaient dans l’ombre. Van den Brooks fumait une pipe courte. Helven nota que le Cormoran n’avait qu’un feu allumé, et ce feu s’éteignit bientôt.

Engourdis dans la torpeur des digestions heureuses, les passagers ne prêtèrent qu’une oreille distraite aux rumeurs du bord ; ils n’entendirent pas les commandements et le grincement des cordes. Mais, soudain, le vent de mer les enveloppa d’un souffle plus frais et les balancements de la houle firent osciller dans les verres l’or pâle des citronnades. Silencieusement, tous feux éteints, le Cormoran s’éloignait de la côte.

Au-dessus de sa tête, Helven, renversé dans son fauteuil, vit glisser la Croix du Sud…

CHAPITRE III
Un étrange navire, un étrange équipage.

« C’était la chose du monde la plus facile que de s’assurer du capitaine du navire, les marins étant généralement gens de bonne humeur et chevaleresques. »

Daniel de Foë.

Van den Brooks faisait sur le pont sa promenade matinale accompagné d’Helven. Une curiosité très vive rapprochait le jeune peintre de ce milliardaire fastueux qui se prétendait trafiquant de cotonnades, qui ne voyageait qu’avec une serre d’orchidées, des barmen chinois et qui citait les poètes maudits.

— Vous remarquerez, dit Van den Brooks, que les machines du Cormoran ont des moteurs à pétrole : d’où, point de bruit, point de fumée, point de crasse. Ne faut-il pas un navire propre et silencieux pour traverser ces calmes étendues ?