Quand on a bu, on aime à danser. A la Martinique il y a le bal Doudou. Des quatre ou cinq jours de nouba, ça ne leur fait pas peur. Ils n’en mangent pas. « Je n’avais plus de peau aux pieds », dit un danseur de ce mémorable carnaval.
Le soir tombe. La fumée a pris la couleur de l’occident.
Le soleil s’est couché. Des masses bleues et violettes surgissent de la mer et se poussent de tous les points de l’horizon, cernant un vaste espace rose.
NUIT SUR LE DECK
Chaque soir, la Grande Ourse descend un peu plus sur l’horizon. De l’autre côté du monde, de nouvelles étoiles se lèvent. Le navire a deux yeux, l’un vert, l’autre rouge. Au sommet du mât d’avant, un fanal fixe qui semble un astre plus proche et plus jaune. On reste tard étendu sur les chaises-longues. Les risées sifflent à travers les cordages : les lames s’ouvrent sous l’étrave avec des déchirements de soieries et des cascades de pierreries phosphorescentes. L’air qu’on respire fleure de lointaines Florides. Les lampes du deck et de la timonerie sont éteintes. Au-dessus de nous la voie lactée se déroule comme le sillage renversé de notre navire. C’est la nuit que le paquebot raconte ses plus belles histoires. La griserie du voyage envahit tous ces inconnus qu’un destin différent réunit pour les séparer. La splendeur de ces heures est plus émouvante du sentiment qu’elles sont uniques et brèves. L’ivresse de la traversée est amère, comme la saveur des lèvres que le souffle marin a mordues.
PLEIN OCÉAN
Le petit drapeau fiché dans la carte indique le milieu de l’Atlantique. Cette nuit, un orage silencieux. Des averses de feu sur la mer. Un rire blanc éclate, innombrable. L’immensité se referme.
Ce matin, les jeux irisés du soleil sur les lames ; des « raisins de mer » flottent, verts et roux. C’est la mer des Sargasses : l’Atlantide.
AUBE
La chaleur augmente. Les cabines deviennent inhabitables. Il faut laisser le ventilateur fonctionner toute la nuit. Fièvre et soif. Dans cette étuve, brusquement, un souffle venu du hublot vous glace le visage. Baigné de sueur, je n’ai cessé de me rouler et de m’agiter sur ma couchette. Puis je suis monté sur le pont.