— A ta tante ?
— En effet. Mais je l’appelle Mathilde. Nous avons été élevés ensemble. Je suis sûr qu’elle te plaira. Si romanesque, cette pauvre Mathilde !
— Pauvre ! N’est-elle pas heureuse ?
Lortal éclate de rire.
— Heureuse ! Comment ne serait-elle pas heureuse ? Avec un pareil mari, l’illustre Miromps, le plus glorieux maquignon de France, Miromps qui fleure si délicatement l’écurie ! Joli ménage ! Mathilde, vingt-trois ans ! Miromps, cinquante-cinq et du poil gris dans les oreilles. Bien conservé, d’ailleurs !
— Mais comment l’a-t-elle épousé ?
— Bah ! Quien sabe ! comme disait Manuel Acevedo. Les femmes sont folles — ou trop sages — ce qui revient au même.
Je raconte à Lortal mon altercation avec Testard. Mais il n’y prête aucune attention. Il est fort excité. Pourtant c’est notre amitié qui est en danger ! Lortal est de bonne humeur. Il rit.
— Laisse faire cet imbécile ! Il ne peut rien contre nous. Occupe-toi d’avoir une autorisation de sortie. Un de ces jeudis, je t’emmène déjeuner rue Jaladis.
La cloche sonne. Nous regagnons l’étude. Testard surveille le défilé, puissant, l’œil torve.