A cette exaltation succéda une légère mélancolie, quand, la procession terminée, nous nous dispersâmes dans la cour. La façade intérieure du collège, la chapelle étaient décorées de lampions de couleur qui, à mesure que la nuit s’assombrissait, devenaient plus rouges, plus jaunes ou plus verts. Sur la terrasse se profilait, squelettique, l’armature du feu d’artifice. Les invités se groupaient dans la cour et les toilettes des femmes trouaient de blancheur le bleu de la nuit diffuse. Les heureux qui comptaient dans la foule des parents et des amis couraient les rejoindre. Une curieuse animation gagnait le collège. Le frisson des robes inconnues passait dans l’air qui fleurait le chèvrefeuille. Quant à ceux d’entre nous qui ne connaissaient personne, ils se réfugiaient dans un angle de la cour des grands, parlant et riant très fort, désespérés au fond.
Je vis Charles et Mme Jouvelin. Ils venaient au-devant de moi. Cet élan vers la joie qui m’avait traversé tout à l’heure, c’était vers Elle qu’il me poussait. Et c’était pour moi qu’Elle venait, toute la nuit derrière elle, ouvrant un sillage de parfums.
— Quelle jolie fête ! me dit-elle. J’ai suivi la procession. J’ai pris des roses dans une corbeille et j’en ai lancé à poignées, comme les enfants.
Elle était animée, les narines frémissantes. Je songeais que mon Dieu agréerait bien volontiers les fleurs d’une pareille suppliante.
— Ce pauvre Charles ! ajouta-t-elle en tapotant la joue de son fils ; il est bien fatigué. Quelle journée épuisante ! Tant d’émotion, vous savez. Il est si sensible et si religieux.
Ces paroles, débitées avec volubilité, accompagnées d’un sourire et d’une jolie moue, me causèrent une certaine gêne. Je n’osai regarder Charles.
— Nous allons voir le feu d’artifice ensemble. Aimez-vous les fusées ? Moi j’aime le bouquet, le gros bouquet final. Mais je déteste les pétards, les choses qui font trop de bruit.
— Êtes-vous triste, me demanda-t-elle avec une sorte de brusquerie, que vous ne disiez rien ? Oui, vous êtes très ému, vous aussi, par cette cérémonie. Comme je vous comprends !
— Oh ! fis-je avec désinvolture, tout cela ne me produit plus beaucoup d’effet.
— Comment ! protesta-t-elle. Auriez-vous perdu la foi ? C’est très mal. Et moi qui croyais que vous vouliez vous faire prêtre !