« Hallucinés, ils s’enivraient de cette fortune illusoire. Il eût été grave de les détromper. J’avais ramassé un de ces cailloux et j’avais pu constater qu’il n’y avait pas la moindre trace d’or et qu’il s’agissait seulement de micaschistes sans valeur. Mais ces hommes étaient ivres, et pourquoi les aurais-je tirés de leur ivresse ?

« Rien dans mon attitude ne pouvait trahir ma pensée.

« Une frénésie s’était emparée des mineurs. Le pouvoir hallucinant de cette crypte était tel qu’ils se ruaient sur les parois de mica et qu’ils s’ensanglantaient les mains. L’un d’eux saisit une pioche et se mit à frapper à tour de bras un gros bloc de rocher. L’halluciné n’eut pas d’ailleurs grand effort à faire. Au premier coup, le bloc s’écroulait, renversant l’homme.

«  — Nom de Dieu ! — hurla José. — Cette brute a bouché l’ouverture.

La roche dans sa chute avait fermé hermétiquement l’espèce de chatière par laquelle nous nous étions faufilés. Nous étions pris à la trappe, murés.

«  — Nous sommes enterrés, hurlèrent des voix affolées.

« Dans leur ruée, ils se brûlaient avec les torches, les jetaient à terre, les piétinaient. L’obscurité de la crypte devint plus épaisse, funèbre. L’or ne miroitait plus maintenant. Nul ne se souciait du blessé qui râlait.

« La catastrophe frappait ces hommes en pleine folie, en pleine illusion. Ils ne savaient plus à quoi ils tenaient davantage, à la vie ou à cet or qu’ils croyaient posséder enfin. Les plus insensés enfouissaient des cailloux dans leurs sacs, dans leurs besace, pensant d’abord à mettre leur butin à l’abri. D’autres se précipitaient, désespérés, la sueur au front, mais cette masse, si aisément décrochée, ne bougeait plus, et cent hommes n’en seraient pas venus à bout.

« Le Basque me dit :

«  — Il n’y a plus d’issue possible.