Elle sortit, précipitamment.

Je ne revis Carvès qu’à l’heure du déjeuner. L’histoire du poker avait dû faire le tour de Puerto-Leon. M. Breitkopf nous lançait des regards soupçonneux et se carrait dans une morgue pleine de dignité.

— Nous sommes à la baisse, — me dit Carvès.

Une chose m’étonnait, c’est que Carvès ne manifestât pas le moindre remords d’avoir risqué et perdu des fonds qui lui avaient été confiés. Pas une allusion à cet acte — la plus parfaite indifférence ! Un détournement ! Le vilain mot ! Et d’ailleurs, l’argent n’est-il pas fait pour être détourné. Le meunier amène l’eau à son moulin. La malchance s’en était mêlée. Une gaffe, rien de plus. Et rien d’autre à faire que d’essayer de la réparer. Mais si l’on ne réparait pas ! Bah ! Il y a toujours une solution et souvent plusieurs, que l’on ne saurait prévoir.

Telle était l’insouciante doctrine que je dégageais des paroles de Carvès, de ses gestes, de sa physionomie. Alors que j’étais épuisé par les incidents de cette nuit, Carvès lui, était frais, souriant, et mangeait de bon appétit les ragoûts infernaux apprêtés par le chef noir de M. Breitkopf.

Le plus fort, c’est qu’en effet, il y avait une solution imprévue, invraisemblable — une solution tout de même.

— Nous sommes sauvés, — dis-je brusquement.

Et je racontai mon entrevue avec Letchy.

Il ne se montra pas enthousiaste.

— Hum ! — fit-il, maussade. — Et d’où sort-il cet argent ?