Le cortége de Leurs Majestés sortit à midi du château des Tuileries dans l'ordre adopté pour le couronnement. Les chasseurs de la garde et l'escadron des mamelucks marchaient en avant; la légion d'élite et les grenadiers à cheval suivaient; la garde municipale et les grenadiers de la garde formaient la haie. Leurs Majestés étant entrées à l'École-Militaire, reçurent les hommages du corps diplomatique que l'on introduisît pour cela dans les grands appartemens de l'École. Ensuite l'empereur et l'impératrice se revêtirent de leurs ornemens du sacre et vinrent s'asseoir sur leur trône, au bruit des décharges réitérées de l'artillerie et des acclamations universelles.

Au signal donné, les députations de l'armée répandues sur le Champ-de-Mars se mirent en colonnes serrées et s'approchèrent du trône au bruit des fanfares. L'empereur s'étant levé, le plus grand silence s'établit, et d'une voix forte, Sa Majesté prononça ces paroles:

«Soldats, voilà vos drapeaux! ces aigles vous serviront toujours de point de ralliement; ils seront partout où votre empereur jugera leur présence nécessaire pour la défense de son trône et de son peuple.

»Vous jurez de sacrifier votre vie pour les défendre, et de les maintenir constamment, par votre courage, sur le chemin de la victoire: vous le jurez!»

Nous le jurons! répétèrent tous ensemble les colonels et les présidens des collèges, en balançant dans les airs les drapeaux qu'ils tenaient. Nous le jurons! dit à son tour toute l'armée, tandis que la musique jouait la marche célèbre connue sous le nom de marche des drapeaux.

Ce mouvement d'enthousiasme s'était communiqué aux spectateurs, qui, malgré la pluie, se pressaient en foule sur les gradins qui forment l'enceinte du Champ-de-Mars. Bientôt les aigles allèrent prendre la place qui leur était destinée, et l'armée vint par divisions défiler devant le trône de Leurs Majestés.

Quoiqu'on eût rien épargné pour donner à cette cérémonie toute la magnificence possible, elle ne fut point brillante; le motif seul était imposant, mais comment satisfaire l'œil à travers des torrens de neige fondue, au milieu d'une mer de boue, aspect que présentait le Champ-de-Mars ce jour-là? Les troupes étaient sous les armes depuis six heures du matin, exposées à la pluie et forcées de la recevoir, sans aucune apparence d'utilité! C'est ainsi du moins qu'elles envisageaient la question. La distribution des drapeaux n'était pour ces hommes qu'une revue pure et simple, et certes, autre chose est aux yeux du soldat de recevoir la pluie sur un champ de bataille, ou bien un jour de fête, avec un fusil bien luisant et une giberne vide.

Le cortége était de retour aux Tuileries à cinq heures. Il y eut un grand banquet dans la galerie de Diane. Le pape, l'électeur souverain de Ratisbonne, les princes et princesses, les grands dignitaires, le corps diplomatique et beaucoup d'autres personnes étaient invitées.

La table de Leurs Majestés, dressée au milieu de la galerie sur une estrade, était couverte par un dais magnifique. L'empereur s'y assit à la droite de l'impératrice et le pape à sa gauche. Le service fut fait par les pages. Le grand-chambellan, le grand-écuyer et le colonel-général de la garde se tenaient debout devant Sa Majesté; le grand-maréchal du palais à droite, et en avant de la table et plus bas, le préfet du palais, à gauche et vis-à-vis le grand-maréchal, le grand-maître des cérémonies, se tenaient également debout.

Des deux côtés de la table de Leurs Majestés étaient celle de leur altesses impériales, celle du corps diplomatique, celle des ministres et des grands-officiers, enfin celle de la dame d'Honneur de l'impératrice.