CHAPITRE IX.

Proclamation de la loi sur les cultes.—Conversation à ce sujet.—La consigne.—Les plénipotentiaires pour le concordat.—L'abbé Bernier et le cardinal Caprara.—Le chapeau rouge et le bonnet rouge.—Costume du premier consul et de ses collègues.—Le premier Te Deum chanté à Notre-Dame.—Dispositions diverses des spectateurs.—Le calendrier républicain.—La barbe et la chemise blanche.—Le général Abdallah-Menou.—Son courage à tenir tête aux Jacobins.—Son pavillon.—Sa mort romanesque.—Institution de l'ordre de la légion d'honneur.—Le premier consul à Ivry.—Les inscriptions de 1802 et l'inscription de 1814.—Le maire d'Ivry et le maire d'Évreux.—Naïveté d'un haut fonctionnaire.—Les cinq-z-enfans.—Arrivée à Rouen du premier consul.—M. Beugnot et l'archevêque Cambacérès.—Le maire de Rouen dans la voiture du premier consul.—Le général Soult et le général Moncey.—Le premier consul fait déjeuner à sa table un caporal.—Le premier consul au Havre et à Honfleur.—Départ du Havre pour Fécamp.—Arrivée du premier consul à Dieppe.—Retour à Saint-Cloud.

Le jour de la proclamation faite par le premier consul, de la loi sur les cultes, il se leva de bonne heure, et fit entrer le service pour faire sa toilette. Pendant qu'on l'habillait, je vis entrer dans sa chambre M. Joseph Bonaparte avec le consul Cambacérès.

—Eh bien! dit à celui-ci le premier consul, nous allons à la messe; que pense-t-on de cela dans Paris?

—Beaucoup de gens, répondit M. Cambacérès, se proposent d'aller à la première représentation et de siffler la pièce, s'ils ne la trouvent pas amusante.

—Si quelqu'un s'avise de siffler, je le fais mettre à la porte par les grenadiers de la garde consulaire.

—Mais si les grenadiers se mettent à siffler comme les autres?

—Pour cela, je ne le crains pas. Mes vieilles moustaches iront ici à Notre-Dame, tout comme au Caire ils allaient à la mosquée. Ils me regarderont faire, et en voyant leur général se tenir grave et décent, ils feront comme lui, en se disant: C'est la consigne!

—J'ai peur, dit M. Joseph Bonaparte, que les officiers-généraux ne soient pas si accommodans. Je viens de quitter Augereau qui jette feu et flamme contre ce qu'il appelle vos capucinades. Lui et quelques autres ne seront pas faciles à ramener au giron de notre sainte mère l'église.

—Bah! Augereau est comme cela. C'est un braillard qui fait bien du tapage, et s'il a quelque petit cousin imbécile, il le mettra au séminaire pour que j'en fasse un aumônier. À propos, poursuivit le premier consul en s'adressant à son collègue, quand votre frère ira-t-il prendre possession de son siège de Rouen? Savez-vous qu'il a là le plus bel archevêché de France. Il sera cardinal avant un an; c'est une affaire convenue.