— Laissons cette conversation… Il est inutile de la prolonger… C’est inutile…

— Je n’ai pas, dit Cardiette, le même culte que vous, général… Je ne puis aimer la guerre, et celui-là c’était la guerre…

— Et qui vous a dit que j’aimais la guerre ? riposte le général… Un être de génie est toujours et partout un être de génie… Tant pis pour le monde, s’il est un soldat… Mais ce soldat-là était le génie du lendemain et non le génie de la guerre.

— Quoi ? dit Cardiette… Il avait un autre but que la guerre ?

— Je n’en sais rien, mais donnez-lui vingt ans de plus et l’Empire de l’Europe… C’est le commencement de la grande union… de la paix absolue… Pourquoi est-il parti si vite ? Il n’avait fait que la moitié de sa tâche… On ne l’a pas achevée…

— C’est pour cette fois peut-être…

— Oh ! non, car il n’est pas là…

— Enfin, général, si, à dire vrai, son génie n’est pas au milieu de nous, il y a des hommes de valeur et de volonté qui s’activent à l’effort.

— Il n’y a rien. Nous ne sommes rien. Nous ne faisons rien.

Les femmes se taisent, stupéfaites. Cobral ne prend aucune part à ces débats.