— On vous a tout raconté. On a tout raconté devant vous. L’expédition de la nuit. Nos moyens de la préparer. L’idéalisme formidable de notre entreprise. A-t-on négligé de vous donner un programme détaillé de la journée ? Ne vous plaignez pas, savourez cet imprévu que vous ne retrouverez jamais ! Tous nos actes ne sont que des points d’action reliés par notre idée. Cette femme qui va parler et faire une espèce de scandale, devant le chef du gouvernement, devant des membres de la presse, vous comprenez la signification de cela, j’imagine ?
— Soit.
— Quoi, je vous prie ?
— Ces hommes qui dormaient…
— Ces hommes nous gênaient. Etait-il convenable, pour notre rêve de paix instantanée, de laisser l’un réclamer à la tribune tout l’or du pays et tous les adolescents, et l’autre signer peut-être un ordre d’attaque propre seulement à prolonger la bataille ? Ils ne peuvent plus nuire.
— Qu’avez-vous fait ?
— Ils dorment comme vous dites. Ils s’éveilleront demain vers midi. Ce repos de vingt-quatre heures les aura parfaitement reposés.
— Supposons que ce n’est pas un crime. Vous êtes pourtant des criminels de toucher à l’indépendance de leurs actes.
— Ma conscience dit que non. Elle s’y connaît.
— La mienne me dit de vous avertir ou de vous livrer. Vous avez attiré ces hommes dans un guet-apens. Pourquoi ?