Je ris bruyamment.
— Que vous êtes nerveux, reproche Cobral. Ménagez-vous jusqu’à ce soir. Mais je ne crains rien… Vous êtes un homme extraordinaire. Extraordinaire.
La colère me guette. J’ai une envie farouche de le prendre au collet et de regarder ses yeux, tout le temps qu’il faudra pour savoir ce qu’il y a dedans.
C’est lui qui me prend au revers de mon pardessus et qui explique doucement :
— Nanni vous aime beaucoup. Je ne savais pas qu’il vous connaissait. Il vous a vu ? Rappelez-vous. Ugo Nanni, vous le connaissez parfaitement…
Il ôte de mon col un fil blanc. Il a une main puissante de démolisseur sportif. Il a des gestes incomparables de légèreté. Et il laisse mon col et mon pardessus et mes yeux où il recommençait à traîner les siens, et il regarde Nanni s’activer près de l’aigle.
Oh ! encore ce mot ! « L’aigle ! » « l’Aigle ! » Mais pourquoi l’Aigle ?
— Nanni aurait été un grand homme pendant ces mois de guerre… un grand homme, mon cher… mais il était malade… il ne sortait pas… on ne le laissait pas sortir… il est guéri… il a fallu beaucoup de démarches pour le faire mobiliser… C’était un aviateur prestigieux… il a même brisé beaucoup d’appareils… il ne s’est pas abîmé… jamais une égratignure… ah, un grand homme… un grand homme… quelle vaillance… quelle modestie… il n’y a que trois jours qu’il a repris ses vols… il a été droit au but… Je n’espérais pas trouver un collaborateur si splendide…
Il réfléchit. Il complète :
— Les autres seront très bien aussi.