Il s’était à cela résolu, poussé par cet inextinguible besoin d’étreindre quelque chose de grand—Albert ignorait encore quoi—quelque chose qui flattât ses orgueilleuses cupidités vitales, quelque chose qui sérieusement captivât son héroïsme d’intelligence et de passion. Tant qu’en la petite ville, peu grouillante et peu sublime, il avait vécu, melliflument s’étaient écoulées les saisons à la préparation avide et obstinée de temps où tendaient en houle la foule de ses fallacieux désirs. Ceinte de dignité, luxueuse de prestance et de gloire, là-bas, avec des tuméfactions de splendeur, sous le ciel ardent, gonflait la cité des rêves. Là-bas, avait-il pensé, s’érigeraient, échafaudés hardiment, les monceaux épiques de ses destins: et, sur le trophée, il planterait—oriflamme—son sourire.
Outre ces hallucinations, d’autres puissants attraits l’adduisaient.
Parmi ces attraits régnait l’attrait du beau.
En chaque âme se traîne une traîne d’idéal, sainte, enjolivée, chérie, courte ou encombrante, prétentieuse ou modeste, suivant les génies ou les sèves, qui déborde parfois et qu’on coupe souvent, une traîne qui est la plus magnifique ou la moins sordide part de la robe dont se drapent les personnages humains: les imaginations y ont brodé des fantaisies fabuleuses, où s’évoquent en magiques chevauchées un million de nobles extravagances, de coloris surprenants, de bruyantes apparitions; ors, carmins, diamants, ciels, pétales, porcelaines, iris, festons, ogives, soies, marbres s’y emmêlent, et—par-dessus tout—la forme, la solennelle et divine forme.
Il comptait trouver à Paris l’idéal réalisé de la beauté.
Cette ville dont les livres parlaient en surprenants termes, qui depuis des siècles tenait dans l’intellect des hommes une si grande place, ce rendez-vous de tout ce qu’il y a d’illustre et de noble, ce berceau de l’art, ce lit unique de l’amour, ce dispensateur de toute lumière, de tout bienfait, de toute jouissance, cette cité vieille et moderne devait être un Eden éminent, la perfection, la grâce, la splendeur, le grandiose.
N’était-ce point là que s’étaient déroulées les plus tragiques, les plus émouvantes et les plus héroïques histoires?
N’était-ce point là que les royaumes, les républiques et les empires les plus merveilleux avaient fleuri?
N’était-ce point là, de l’aveu de tous, le joyau de la planète Terre?
Il arriva.