Prenant texte éloquemment du cantique que nous venions de chanter, il débuta ainsi:
—Oui, ses œuvres sont partout semées, et nous les semons avec lui... nous les semons pour lui!...
Car le peuple allemand, expliquait-il, était l'élu de Dieu, son instrument, son ouvrier, son semeur. Et parmi ces œuvres destinées à faire éclater la grandeur divine, la plus sublime n'était elle pas cette guerre si glorieusement commencée, cette guerre comme le monde n'en avait encore jamais vu, qui sous la direction de notre haut Seigneur de la Guerre, l'Empereur, ferait régner par toute la terre la majesté et la splendeur de l'Éternel? Ah! nous devions être fiers et reconnaissants d'avoir été choisis pour participer à cette grande œuvre!
Certes, continuait le pasteur Muckerander, aucun peuple n'était aussi doux, aussi pacifique que le peuple allemand, aucun n'était si moral, si pur, si éloigné de tout esprit de violence et de haine. Quel autre peuple, en effet, pouvait s'honorer d'aussi grandes vertus? Quel autre était aussi riche de bonté, de générosité, de charité, de pitié? Or, c'était justement le plus doux, le plus paisible de tous les peuples qui avait été chargé de livrer le combat de Dieu contre Satan et les nations impies vivant sous sa domination; c'était précisément le meilleur et le plus généreux des peuples qui devait répéter après Jésus-Christ: «Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je suis venu apporter non la paix, mais l'épée.» Le sacrifice sanglant devait être accompli; le combat sacré devait être mené jusqu'au bout. Le glaive d'une main, la torche de l'autre, l'ange exterminateur devait purger la terre de son péché et la racheter par le fer et par le feu. Jésus, le meilleur et le plus doux des hommes, n'avait-il pas dit aussi (LUC, XII, 49): «Je suis venu jeter un feu sur la terre»? Désigné spécialement par Dieu pour l'exécution des décrets célestes, le peuple allemand pouvait-il exiger un autre chemin que celui de notre Sauveur?
Et dans une comparaison admirable entre le peuple allemand et le Christ, l'orateur montrait que, de même que le Christ avait voulu être crucifié et, en se crucifiant, lui, l'Homme-Dieu, avait crucifié avec lui l'humanité pour la sauver, de même le peuple allemand s'était chargé de la croix de guerre et, en y montant, lui, le Peuple-Dieu, devait y crucifier avec lui le reste de l'humanité criminelle pour l'œuvre d'une nouvelle rédemption.
Comme bouleversé à l'évocation de ce grand sacrifice et de cette tragique mission, l'aumônier s'écriait alors, la voix tremblante d'émotion:
—Guerriers, parfois votre cœur est étreint par l'horreur: ce que vos mains doivent faire, ce que vos yeux doivent voir, vous ne l'avez point voulu!...
Non, nous ne l'avions pas voulu, ni nous, ni notre Empereur, ni personne en Allemagne. Seuls nos ennemis, les ennemis de Dieu étaient responsables de la catastrophe. C'est Dieu qui nous avait imposé la terrible mission de les anéantir et, par leur supplice, qui était en même temps le nôtre, de les arracher au Malin, de les racheter et de les sauver.
—Nous n'avons pas voulu allumer le feu, poursuivait le pasteur, mais maintenant nous devons passer au travers! Nous allumons un feu de guerre qui rendra tous les incendiaires pleins d'appréhension et d'angoisses. Dans leur rage et leur fureur, les vaincus nous appelleront comme ils voudront: nous devons aussi passer par le feu de leurs cris de haine et de calomnie. Que ceux qui l'ont voulu, que nos ennemis soient rendus responsables de ce que dans cette effroyable guerre toutes les exigences de l'humanité sont crucifiées!...
S'élevant alors aux plus hauts sommets de l'éloquence sacrée, le pasteur Muckerander clamait, les bras en l'air et le verbe retentissant: