Je m'étais figé dans une attitude raide, les talons joints, la main gantée à la jugulaire du casque, attendant que le capitaine Kaiserkopf daignât lever les yeux sur moi. Un crayon à la main, il s'occupait à pointer sur un état d'effectifs des noms que lui défilait la voix éraillée du vice-feldwebel Biertümpel:

—Schuhmacher, Hans; Müller, Jakob; Petermann, Otto; Schnupf, Siegfried...

Cela aurait pu durer longtemps ainsi et j'aurais pu l'examiner encore plus en détail, si, ce qui lui arrivait sans doute à intervalles rapprochés, il n'avait éprouvé le besoin de boire. Sa main velue se porta vers l'anse de sa chope, de gros yeux gris de fer se levèrent, roulèrent un instant sous leurs sourcils énormes et se fixèrent sur moi. J'en profitai pour m'annoncer:

Offiziers-Aspirant Wilfrid Hering!

Il aperçut en même temps Kœnig qui le saluait; il lui tendit deux doigts, puis, montant sa chope à ses lèvres, il y trempa largement sa moustache, tandis que Kœnig prononçait:

—Monsieur le capitaine, l'aspirant Hering est notre meilleur volontaire de la classe 1912. C'est un sujet distingué, qui fera honneur au régiment. Le capitaine Braumüller faisait grand cas de lui.

—Braumüller, Braumüller... grommela le capitaine Kaiserkopf. Ce n'est pas une raison.

—Ce n'est pas une raison, sans doute, monsieur le capitaine, mais c'est une indication.

Schœn, Schœn. Voyons ses notes, Biertümpel.

Puis tandis que le vice-feldwebel feuilletait en dossier: