—C'est possible, dit Kœnig, mais enfin, il y a des ordres. Contenez-vous.
—Je ferai ce que je pourrai, monsieur Kœnig, mais je ne garantis rien. Si je me contenais par trop, le service en souffrirait. Et le service, sacré mille millions, le service ayant tout!... C'est tout ce que vous aviez à me dire?
—C'est tout.
—A vos ordres, Herr Leutnant.
Wacht-am-Rhein salua et le bruit de ses bottes s'éloigna dans le corridor.
—Quelle brute! s'écria Kœnig, tandis que nous descendions vers la cantine. Mais, mon cher, il n'y a rien à faire. Ces gens sont nos maîtres. Ce sont eux qui tiennent le soldat. Sans eux, pas de discipline. Les sous officiers sont la force de l'armée allemande, et nous nous en rendons compte. Il faut en passer par où ils veulent... Je sais bien qu'il y a les règlements... on a fait quelques exemples... Tout cela ne signifie rien. En fait, nous sommes impuissants... Et puis, ajouta-t-il à voix basse, il y a tant d'officiers qui ont une mentalité de sous-officiers!...
La cantine était pleine de jeunes officiers, quand nous y entrâmes. Quatre ou cinq capitaines seulement occupaient une table. J'allai immédiatement claquer des talons devant eux pour leur demander la permission de rester dans la salle, ce qui me fut accordé d'un signe de tête. Nous prîmes place, Kœnig et moi, en compagnie du lieutenant Schimmel et de l'ancien volontaire Max Helmuth, promu comme moi à la dignité d'aspirant. Je fus heureux de les retrouver. Schimmel était d'ailleurs beaucoup moins sympathique que Kœnig; il cultivait le genre schneidig; mais dans sa figure couturée, auprès de laquelle ma balafre ne devait paraître qu'une modeste écorchure, luisaient des yeux fauves qui ne manquaient pas d'intelligence.
L'ordonnance servit la bière.
—Prost!