Mais Julienne se laisserait-elle interroger? Vendrait-elle son amie? Facial résolut de procéder avec politique. Il s'en ouvrirait à Chandivier, et, en lui recommandant le plus grand mystère, le prierait de vouloir bien se charger du soin délicat de faire parler Julienne.
«De la sorte, pensa-t-il, je n'aurai pas besoin de me livrer plus longtemps à des recherches fatigantes et humiliantes. Je serai informé avec rapidité et certitude, et je pourrai, sans tarder, prendre les mesures qui me seront dictées par la situation. Julienne ne se méfiera pas de son mari: elle fera des révélations.»
Il donna rendez-vous à Chandivier pour le soir même. Affaire importante, lui écrivit-il, et dans laquelle il espérait pouvoir compter sur son amitié.
—Tu as besoin d'argent? fut la première parole de Chandivier. Mais, pauvre ami, je n'en ai point! Rébecca me prend tout.
—Non, non, tu n'y es pas. Il n'est pas question d'argent. J'en ai de l'argent! Il s'agit d'une chose grave.
—Grave! Quoi donc? s'écria Chandivier, un peu effrayé du ton de circonstance que prenait Facial.
—Chandivier, j'ai la conviction que ma femme me trompe.
—Ah! ce n'est que ça? fit Chandivier.
—Tu sais quelle a été ma vie jusqu'ici. J'ai cru mieux faire de rester confit dans la sécurité du mariage que de m'embarquer au travers des péripéties des amours illégitimes. Je ne pensais pas que le mariage a ses tempêtes, et que quand il se mêle d'être orageux, c'est pour de bon. Ou plutôt je m'imaginais que ma mer à moi serait éternellement la mer Tranquille. Voilà comme on se trompe.
Il lui conta le détail des faits et lui expliqua le genre de service qu'il attendait de lui.