—Tes parents?

—Je n'ai plus de parents, sauf ma vieille tante, si affaiblie par l'âge, si débile d'esprit, qu'elle ne se rend compte de rien. Ma mère est morte, mon excellente mère... et mon père, mon père si bon, si touchant... Heureusement qu'ils ne sont plus! Ils n'auraient pas compris. Si leurs âmes vivent encore, elles savent ce qui est bien.

—Ton mari?

—Lui! c'est surtout lui qui a causé mes souffrances morales. Ai-je le droit de le tromper, cet homme que je n'aime pas, mais qui n'en a pas moins reçu de moi le serment de fidélité? A la fois trop honnête, trop sévère, trop grossier de sentiments et trop imbu de préjugés, il ne se prêterait pas à ce qu'il appellerait une complicité, il ne saurait être l'époux complaisant qui, s'apercevant qu'il n'est pas aimé, tacitement accorde à sa femme la liberté et, au besoin, favorise son bonheur. Je devrais le tromper, continuer à le tromper, bassement, perfidement, m'accommoder aux partages et aux vilenies de l'adultère. Je ne le puis pas, je ne le puis plus. J'ai honte d'avoir remis jusqu'à présent cette nécessaire purification de ma vie. Je n'en veux pas à mon mari; il est conséquent avec lui-même: c'est à moi que j'en veux d'avoir trompé cet homme, qui n'a eu que le tort, en somme, de ne pas discerner dans la petite fille qu'il a épousée la future femme passionnée peu propre à goûter les charmes de l'existence bourgeoise qu'il lui ménageait. Ah! oui, j'ai eu tous les remords de l'adultère. Mais au lieu de revenir à mon mari, ce qui serait une tromperie plus abominable encore, je vais à mon amant.

La vision de ce mari auquel il allait prendre sa femme flotta un instant dans l'esprit de Rocrange.

«Si c'était à moi qu'un autre enlevât Pauline!» pensa-t-il, sans pouvoir soutenir plus d'une rapide seconde cette effrayante hypothèse.

Il savait que Facial n'aimait pas, ne pouvait pas aimer Pauline comme lui l'aimait. Ne se produirait-il pas, néanmoins, chez ce malheureux, un déchirement profond, une blessure peut-être mortelle?

—N'as-tu pas pitié de lui? demanda-t-il.

—Pitié? répondit Pauline en secouant la tête. Son amour-propre souffrira plus que son cœur. Je n'éprouve pas de réelle pitié pour qui n'a pas connu le réel amour.