Pauline contemplait avidement l'enfant retrouvé. Elle ne pouvait assez le voir, s'en imprégner, s'assurer que c'était lui. Elle ne songeait pas à remarquer les changements qui s'étaient opérés chez le jeune garçon; il avait grandi, ses traits s'étaient complétés; elle ne s'apercevait pas de cela; elle ne constatait que sa présence, sa merveilleuse présence, son irradiation chargée de fluide et de lumière. Un chant de gloire naissait de ses entrailles, montait, montait, enveloppait son cerveau, projetait jusqu'à Dieu ses ondes triomphales.
—Je suis ivre, je ne sais plus ni ce que je pense, ni ce qui m'arrive, balbutiait-elle.
Puis, ce fut une réaction de maternité vigilante et tendre. Elle entraîna Marcelin dans la maison, le fit manger, le servit elle-même. Elle voulut savoir comment il avait voyagé, s'il avait dormi, s'il n'était pas fatigué, lui posant mille questions sur sa santé, goûtant à se retrouver au milieu de ces chers détails un incroyable plaisir.
—Ainsi, mère, je ne te quitterai plus?
—Oh! plus. L'heure de la miséricorde a sonné.
—Et nous vivrons toujours ensemble?
—Toujours.
—Tous les deux?
Pauline jeta un long regard sur son fils, un regard solennel et profond. Elle prononça lentement, mais d'une voix qui tremblait un peu:
—Tous les trois.