—M. de Rocrange est à l'agonie, dit-elle, laissez-le mourir en paix.

L'autre reprit d'un ton qui n'admettait pas de réplique:

—Je suis Mme de Rocrange: mon devoir est d'assister à son lit de mort celui dont je porte le nom. Je vous prie de vous retirer. Vous avez eu l'œuvre de joie, à moi l'œuvre de douleur.

—Madame, murmura Pauline les dents serrées, venez-vous pour insulter celui qui m'a aimée? L'amour est l'œuvre de douleur aussi bien que l'œuvre de joie. Vous qui ne l'avez jamais aimé, vous n'avez rien à faire ici.

—Et Dieu? fit Mme de Rocrange.

—Dieu! repartit Pauline en accentuant avec désespoir les syllabes, on ne sait pas ce qu'il veut: lorsqu'on l'interroge, il ne répond que par le mystère.

—Il vous répond par moi. Je viens: c'est sa réponse.

Ces paroles s'étaient croisées à mi-voix, comme des coups de stylet dans l'ombre.

Les deux femmes se dévisagèrent.

Au bout d'un instant de défi silencieux, Mme de Rocrange comprit qu'elle ne serait pas la plus forte. Elle passa de l'autre côté du lit, à gauche.