«Si vous croyez que je m'y trompe! lui dit-il; à d'autres, mon cher!... On ne m'adresse à moi que l'enveloppe! Mais ce n'est pas à mon mérite que je dois cette aimable lettre; je crois donc remplir les intentions de l'auteur....

—Est-ce qu'elle parle de moi? dit Georges en prenant le billet.

—Vous êtes plus amoureux que je ne pensais! Et les convenances? Sachez donc que vous n'êtes pas même nommé, et qu'il n'y a point de post-scriptum

Georges dévorait la lettre des yeux.

«Elle a d'autres correspondants que moi, reprit Axel; mais elle sait que je suis votre ami, et elle veut que vous la lisiez.

—Je vous préviens que je n'en crois rien, répondit le comte tout en lisant.

—Français et modeste!» reprit Axel en riant.

La lettre était courte et simple. La comtesse annonçait la mort de son oncle, et disait qu'elle resterait quelques semaines encore près de la veuve et des enfants: elle ajoutait qu'elle regrettait Stockholm; elle chargeait le chevalier de lui envoyer des livres. C'était à peu près tout. Du reste, pas un mot de Georges. Mme de Rudden ne faisait point une seule allusion qui se pût rapporter à lui dans sa lettre; mais on découvrait dans son ensemble une nuance de rêverie tendre et des expressions à demi voilées de souvenirs et d'amitié, dont la gracieuse comtesse n'avait jamais encore senti le besoin vis-à-vis d'Axel.

«Vous remarquerez, dit le chevalier, qu'elle a écrit en français.

—C'est la langue de la cour, et vous vous en servez volontiers dans le monde.