—Voilà son traîneau qui passe, répondit celui-ci; à vrai dire, je crois qu'il est vide, mais ses chevaux vous ont vu peut-être, c'est déjà quelque chose.

—Si peu!» reprit l'officier en riant. Et il s'élança de nouveau sur la glace polie.

Georges avait suivi des yeux la direction du regard de deux Suédois. Il aperçut dans la distance un traîneau, vide en effet, qui se dirigeait assez rapidement vers le nord.

Comme le sport du patin n'est pas précisément dans les habitudes de la diplomatie, le comte de Simiane trouva que ces exercices, fort intéressants tout d'abord, finissaient par devenir assez monotones, et il demanda de continuer sa promenade. Le cocher, à qui on ne donna point d'ordre, suivit la route que le traîneau avait prise avant lui.

Bientôt un point mouvant à l'horizon se détacha, noir sur la neige blanche. C'était le traîneau qui revenait. Il approchait avec une rapidité inouïe, et l'on put, au bout de quelques instants, distinguer le harnachement rouge de quatre poneys noirs, de cette race d'Islande, la plus petite de l'Europe, mais la plus intrépide, qui couraient comme le vent. Je me trompe: ils bondissaient plutôt qu'ils ne couraient; leur sabot soulevait la neige qui les enveloppait d'un tourbillon diaphane. Leurs yeux brillaient comme des charbons; leurs naseaux soufflaient des nuages, et ils secouaient, en mordant leur poitrail, leur épaisse et rude crinière, emmêlée de givre.

Quand les traîneaux se croisèrent, ni l'un ni l'autre ne ralentit son allure, et c'est à peine si Georges put apercevoir, à demi couchée sur une peau de renard bleu, une femme qui lui parut jeune. Il ne distingua point ses traits; mais en la voyant ainsi passer dans son nuage rapide, il se rappela ces divinités du Walhalla, les walkyries belles et froides, qui traversent le ciel en emportant les âmes.

«Est-ce que nous allons encore loin? dit M. de Simiane; je crois que j'ai froid.»

Le chevalier de Valborg lui jeta un regard malicieux et, sans rien répondre, se contenta de siffler d'une certaine façon—sage économie de paroles dans un pays où elles pourraient geler en l'air avant d'arriver à destination. Aussitôt le cocher tourna bride.

«Quelle est cette femme qui vous a salué de la main? demanda le comte au cavalier.

—C'est la comtesse de Rudden; on l'appelle ici la comtesse Christine.