Et, dans leur joie, les hommes ne voient pas la désolation qui les entoure.

La Peel River mérite le nom que les Canadiens français lui ont donné en leur langage pittoresque : « la rivière plumée ».

En effet, elle se glisse et se déroule entre deux rives calcaires, au travers d'une vallée lugubre et nue où rien ne pousse. Pas un arbre, pas un arbuste. Elle est sèche, calleuse, déboisée, « plumée » réellement.

« Barren grounds », ce sont les terres désolées qui couvrent la région boréale de la baie de Mackenzie à la baie d'Hudson.

C'est vers ces régions que l'inconscience des hommes dirigeait la vitesse des chiens.


Depuis quatre jours, le team descendait la Peel et Gregory s'étonnait de ne point rencontrer de paysages connus.

Aux collines calcaires une longue plaine aride a succédé. La végétation est nulle, sauf les ronces, les lichens, les mousses, les herbes rases.

L'allure des chiens s'est modérée. Ils vont toujours, mais sans enthousiasme, comme s'ils comprenaient l'inutilité de leur course. La lassitude est contagieuse ; les « tire au flanc » arc-boutent leurs pattes et se laissent traîner sans que les plus vaillants songent à les rappeler au devoir par un coup de dent ou une poussée de l'épaule.

Gregory, qui les connaît et qui les aime, encourage les uns, tance les autres, mais la correction est vaine. De plus, à l'étape, Tempest est nerveux ; il ne quitte pas son maître du regard, fixant vers lui ses prunelles intelligentes. Mais l'homme, qui n'est qu'un homme, persiste dans son entêtement et s'obstine à ne pas voir toutes les inquiétudes de la bête.