Cette vaillance est inutile. Bientôt, il traîne le pied, ploie l'échine et laisse les autres prendre une légère avance, les autres qui ne valent pas mieux que lui, mais qui mettent, eux aussi, leur point d'honneur à ne pas défaillir.

Flossie est d'une endurance anormale, son visage est couleur de cire, où seuls vivent des yeux agrandis par la fièvre. Un halo bistre les entoure.

Hurricane va d'une allure somnambulique ; la morsure du froid aux poumons lui fait oublier la morsure de la faim au creux de l'estomac.

Gregory, seul, est en apparence insensible à tous les maux déchaînés.

Le froid, la faim, la fatigue, trinité farouche, gardienne des terres vierges, semble impuissante devant lui.

Il n'accepte pas son destin ; sa face se crispe dans un entêtement volontaire. C'est un lutteur qu'il faut abattre d'un seul coup, sinon il ruse, il feint, il se dérobe, il s'échappe.

Le froid! Il en a vu bien d'autres, en 1909, du 23 novembre au 30 avril : le thermomètre, trouvant le chiffre agréable, est resté sous 53°.

La faim? Il s'est écarté neuf semaines entre la Lewis et la Klondyke et, pendant sept semaines, il a vécu avec trois livres de maïs et du thé.

La fatigue? Depuis seize ans qu'il court les pistes, ça le connaît. N'était-il pas parmi les premiers pionniers qui, bagages sur le dos, franchirent à pied la redoutable White Pass?

Hurricane parle :