Des Indiens Peau-de-Lièvre, courtois et policés, nous accueillent.

Leur hutte de sapin, après l'épreuve que nous venons de subir, est le Paradis pour nous.

Ils sont doux et timides, parlent peu, mais, lorsqu'ils parlent, ils s'expriment en langage choisi, dans une sorte de sabir où le français a une large part.

Sulpice La Berge fume le tabac du chef sans vergogne ; il profite de son passage pour acheter au plus bas cours un lot de pelleteries, castors, lièvres polaires et renards argentés, qu'on devra de plus lui livrer avant la treizième partie de l'année.

Comme je m'étonne, Sulpice m'explique que les Indiens Peau-de-Lièvre divisent l'année en seize mois, tous placés sous une dénomination naturelle : la neige, la glace, la gelée, le crépuscule, les ténèbres de l'hiver, la lumière de l'été.

Seul, le Soleil n'est pas nommé. Il ne faut pas offenser le Dieu secourable et, pour parler de lui, on emploie des périphrases élogieuses.


Le chef m'a dit :

— La tempête sera courte, le brouillard est tendu sur nos têtes, mais, par-dessus le brouillard, il y a la pureté du ciel. Demain tu pourras partir. Ta route est à l'ouest. Au nord, il n'y a pas d'hommes blancs.