Puis, malicieux, il ajoute :
— Vous avez toujours été calé en géographie.
— Eh bien, vous avez descendu la Rivière Plumée, simplement.
Ce « simplement » est magnifique.
Ils ont tourné à droite au lieu de tourner à gauche « simplement ». Ils ont souffert le froid, la fatigue, la faim, ils ont vu la mort en face « simplement », avec cet héroïsme que demande tous les jours la vie polaire. Héroïsme sans beauté, sans grandeur, sans idéal, mais héroïsme tout de même qui en vaut bien un autre, qui vaut mieux peut-être qu'un autre, puisqu'il est fait d'abnégation et d'obscurité.
— Que vont-ils faire là-bas? diront les esprits forts, bien calés dans leur fauteuil.
A ceux-là je répondrai avec le mot de Laforgue :
« La vie est terriblement quotidienne. » Dans les villes, elle broie tous les enthousiasmes, trouble la pureté des âmes, l'eau se souille… tandis que là-bas, l'eau reste claire. Ils sont par centaines au sommet des monts tronqués, dans le creux des cratères morts, les lacs si limpides, si beaux que le voyageur surpris les appelle « lacs-miroirs ».
Sur ces miroirs, nous nous sommes penchés et nous avons regardé ce qu'il y avait devant nous, songeant à ce que nous avions laissé derrière.
Derrière, c'était les appétits, les lâchetés, les compromissions sans courage.