— Je ne sais, moi, mille dollars, peut-être… deux…
— Dites donc, Flo, confiez-lui un business.
Le postier jubile, ses paupières se plissent, sa bouche se tord et, quand Hurricane lance : « Cinq mille dollars, hein? » alors il éclate, sa joie est immense. Il se claque la cuisse, cogne la table de coups formidables. Soudain, il s'arrête net, son visage reprend un air glacial, il bourre sa pipe, enfonce le tabac avec son pouce, va au foyer, prend un tison, allume, tire deux ou trois bouffées et laisse tomber froidement :
— Votre mine, on l'a vendue un million de dollars. Flossie, montrez-lui donc le chèque. Vous ne voyez donc pas, il n'a pas encore compris!
Un coup sur la nuque n'eût pas assommé davantage Hurricane.
Un million de dollars. La chose est évidente. La somme est écrite en toutes lettres. Non, il est devenu fou. Tout gire autour de lui, Flossie, la table, Gregory, le chien, le plancher. Une voix répète le chiffre à son oreille : un million de dollars.
Dans un bourdonnement, il entend Flossie qui explique :
— La galerie ne rendait plus, j'ai donné l'ordre de creuser au sommet de la colline… et la paye est venue… un filon merveilleux… Wolf hill.
Hurricane alors se souvient : la prédiction de Billikins, la lutte des loups et des mooses… et le soleil qui s'arrêtait et s'enfonçait dans la terre…
Il tourne machinalement le papier entre ses doigts. Cela vaut un million de dollars! Pas possible! Un million de dollars, de quoi retourner à la Ville, faire mourir de rage les envieux, de dépit la poupée blonde…