Etait-il à bout de volonté ou simplement beau joueur? Son pic a sonné sur le roc et les flancs de Ogilvie-Range ont donné de l'or à sa peine.

A Last Chance « la terre paie », aussi le saloon de James W. Blackfoot est-il des mieux achalandés.

Il a triple rangée de bouteilles derrière le comptoir d'acajou — un comptoir que James W. Blackfoot a fait venir à grands frais de Vancouver — un luxe quoi! Le Maître de l'alcool a des prévenances pour sa clientèle qu'il mène rudement, ainsi qu'il convient au tenancier d'un bar qui a établi ses affaires passé le 63e degré de latitude nord.

S'il vend cher son whisky? Cela va de soi. Ne faut-il pas payer le piano mécanique qui, durant des heures, moud des airs échevelés ou sentimentaux. Les fox-trots pour plaire aux Anglo-saxons, « Santa Lucia » ou « Connais-tu le pays » pour les Latins.

James W. Blackfoot avance aux joueurs malheureux un peu d'or pour acquitter leurs dettes, moyennant quelques dollars d'intérêt, c'est évident. Rien pour rien et les bonnes affaires sont nos affaires!

Ce soir, les deux salles du saloon sont en fête : Andrew Fallingtown a ramené d'un coup de pioche une pépite qui, mise sur la balance, a marqué une livre anglaise.

Last Chance! Cela s'arrose. On boit aux frais d'Andrew Fallingtown.

Un ivrogne, ce fellow, mais un si bon type. Sa dernière chance n'est jamais la dernière ; s'il joue, il gagne ; s'il achète un claim qui ne rend pas, huit jours après il lave pour 150 dollars d'or. Et quelle imagination aussi! Il est au Klondyke depuis les temps héroïques, il a participé à tous les beaux coups. Il était là lors de la Bonanza, il a ramassé un million de dollars de paye.

S'il les a gardés? A d'autres! L'or qu'on trouve glisse entre les doigts comme l'eau des sluice-boxes!

C'est lui qui envoya les garçons travaillant pour son compte à seize dollars par jour, rafler tout l'extra-dry des saloons de Dawson ; les compagnons ayant mené à bien cette mission de confiance, Andrew Fallingtown prit un bain de Champagne.