C'est James W. Blackfoot qui supplie. Ah! non, il ne va pas pleurnicher, celui-là? Enlevez-le! On le traîne, des mains se hâtent autour de son col ; l'homme rue, se débat, on lui ligote les jambes. Un cri de bête traquée… Oh! hisse… Il y a quelques secousses brèves. On attache la corde à un crochet au mur.

A l'autre.

Pipo achève de fumer une cigarette.

— Un instant.

Il tire coup sur coup trois bouffées, garde un instant la fumée, puis la rejette par le nez et la bouche. De l'index, il secoue la cendre. Son geste est naturel, sans affectation, sans forfanterie. Une âme romaine est dans ce corps. Les compagnons admirent tant de placide courage. Une dernière bouffée. La fumée fait une volute bleuâtre qui s'enroule autour de l'ampoule électrique. Libre, il se dirige seul vers la potence improvisée. On le cravate. Mais, avant que la main du président s'abatte, il réclame :

— Garçons, il ne me déplairait pas de mourir en musique. Un petit air, voulez-vous?

Dix boys se précipitent et, pour honorer celui qui va mourir, ils lui choisissent un air de son pays.

Le piano mécanique attaque :

Sul mare luccica

L'astro d'argento,