Je sors, le fouet en main.
—Allons, garçons, debout.
Les chiens surpris surgissent de leur trou, mal éveillés et secouant la neige qui tombe de leur poil. Plusieurs bâillent et étirent leurs pattes de devant.
Tempest, inquiet, rôde autour de moi, je le bouscule, il se plante à trois pas et me considère tout étonné.
Non, je ne resterai pas une minute de plus. Je veux partir, je veux partir maintenant. Je serai à Dawson dans deux heures, je réglerai mes affaires; dans huit jours, je serai à White Horse où je prendrai le train qui me conduira à Skagway; avec un peu de chance, je rencontrerai bien un steamer descendant la côte qui en dix jours me mettra aux quais de Vancouver. Là, le Canadian Pacific Railway par le Fraser Canyon, Banks et Calgary, la frontière américaine et New-York, cinq jours de chemin de fer. La «Transatlantique» aura bien quelque Rochambeau ou Touraine accotés et si la mer est bonne, dans neuf ou dix jours tout au plus je débarquerai au Havre.
Si l'on arrive dans la nuit ou à l'aube, je pourrai prendre l'express de sept heures ou de neuf heures. Dans les deux cas, je serais à Paris vers midi.
Mentalement, je calcule les probabilités; oui, tout s'arrange pour le mieux, je serai à Paris pour déjeuner. C'est drôle. Cette certitude amène une détente et un apaisement.
Je suis sûr de moi à présent, j'attelle mes chiens sans impatience et, comme je lance mon traîneau sur le trail, je me surprends à siffloter.
*
* *
Mais la bête ne lâche pas sa proie. Au premier mille, elle reprend son martèlement régulier, comme pour dire: c'est moi, je suis là, je ne suis pas partie…