Depuis, il est beaucoup mieux et passe son temps à boire mon whisky: c'est souverain, prétend-il, pour les cassures, à chiquer mon tabac et à le fumer lorsqu'il est las de le mâcher.
Parfois aussi, il me conte des histoires. Le plus souvent, il fait les trois choses à la fois. Ainsi présentement, la bouteille de whisky est à portée de sa main, il mastique sa chique et commence:
—En ce temps-là…
Ce sont non des histoires, mais l'histoire de ces temps héroïques où l'homme était seul, ici, à se battre contre les éléments.
Le froid terrible, la faim, la soif, la fatigue, le surmenage, le combat de tous les instants pour mater la nature et essayer de lui ravir sa proie.
Pour les exploits de deux villes rivales grandes comme le demi-quart d'un quartier de Chicago, les Grecs ont persuadé au monde, pendant des siècles, qu'ils étaient un peuple admirable. Des artistes, des philosophes, des orateurs et des poètes ont chanté leur «gloire immortelle». Oui, mais au commencement était Homère, et:
Trois mille ans ont passé sur la cendre d'Homère
Et, depuis trois mille ans, Homère respecté
Est jeune encor de gloire et d'immortalité…
Quel Homère dira l'abnégation et le courage, la volonté et l'énergie de ces hommes qui partirent à la conquête de la moderne toison d'or, n'ayant devant eux que des mondes inconnus, des solitudes vierges se perdant à l'infini dans des milliers de lieues de neige?