«Un grand maigre, qui avait l'air d'un porte-manteau enredingoté, certifiait que c'était un proproboscidea, ce à quoi répliqua vertement un bon gros tout réjoui, traitant «son cher confrère» d'ignare, attendu que le proproboscidea n'avait, paraît-il, qu'une trompe rudimentaire.
«Ils échangèrent des propos aigres-doux et faillirent en venir aux mains; il fallut s'interposer.
«Enfin, après avoir cité Pohlig, Falconer, Gaudry, Brehm, Ameghino, Cope et parlé de lombrifrons, ganesa, insignis, hysudricus, namadicus, angustidens, trigonocephalus, méridionalis, et pentalophodon, et passé tour à tour de Java à l'Inde, de l'Inde à la Chine, de la Chine à l'Europe, après un crochet en Afrique, ces honorables gentlemen tombèrent d'accord pour déclarer qu'on se trouvait en présence du Mastodon américanus et mirificus de l'Amérique du Nord, contemporain de l'Elephas primigenius, lesquels vivaient, comme chacun sait, à l'époque quaternaire, à moins que ce ne soit dans le miocène supérieur, peut-être bien aussi dans le pliocène.
«Finalement, on sut que Patrick avait échangé son mammouth contre un chèque de cinquante mille dollars… C'était un bon business.
«Aujourd'hui, le mammouth est au Muséum et Patrick, avec ses cinquante mille dollars, vit comme un homme heureux dans une ferme qu'il acheta dans le sud de l'Irlande.
«Et comme il faut une morale, conclut Gregory Land, en se versant une dernière rasade de whisky, je dirai donc qu'avec de la persévérance on vient à bout de la plus mauvaise destinée.
«Freddy, mon ami, je vous souhaite de trouver un mammouth.
«Ce était le filon, ajouta-t-il, en français.
XII
LA VALLÉE DU YUKON
Ce jour-là, Gregory Land m'assura: