«Les mineurs, pour franchir la Passe, confiaient leur destinée soit aux traîneaux que les chiens tiraient le long du trail, soit à des embarcations légères qui devaient résister au tumulte des eaux, aux chutes des rapides, aux sournoiseries des brisants.
«La neige, les glaciers, les gouffres s'ouvrant tout à coup et avalant hommes, chiens et traîneaux, quarante degrés sous zéro n'eurent pas raison de l'énergie de ces farouches pionniers, qui avaient résolu d'arracher son secret à la terre mystérieuse.
«La folie du Klondike les soutenait; nombreux furent ceux qui tombèrent, mais d'autres arrivaient qui réussirent leur aventureuse performance.
«Là où rien n'existait que la solitude vierge, sur les berges de ce Yukon, le plus important, le plus grand des fleuves nord-américains du Pacifique, se dressèrent des campements qui, bientôt, devinrent des villes.
«Une chose remarquable: dès que la «terre payante» était découverte, les mineurs arrivaient, attirés par la lueur fauve de l'or comme par la lumière, et avec eux, ces hommes amenaient toujours une ou deux dynamos, on posait des fils et les paysages du Grand Nord s'agrémentaient bientôt de poteaux qui sont comme le symbole de la puissance de l'homme. Télégraphe, téléphone, courant électrique, les fils se greffaient parallèles sur les croix de Saint-André clouées au faîte des sapins à peine ébranchés.
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«Le Yukon qui, en été, a un débit formidable, plus de vingt-cinq mille mètres cubes à la seconde, est long de trois mille trois cents kilomètres (de sa source jusqu'à l'embouchure de son bras principal, le Yukon formant un vaste delta). Il prend sa source au col qui porte le nom du géodésien français Périer, à mille deux cent cinquante mètres d'altitude.
«Son bassin crève les frontières officielles de l'Alaska, empiète sur les territoires du Canada et couvre une étendue de plus d'un million de kilomètres carrés (deux fois la superficie de votre France).
«En hiver, par les grands froids, le fleuve est gelé, parfois à bloc, c'est-à-dire jusqu'au fond de son lit. En été, il est navigable jusqu'en amont de sa jonction avec la Lewis river. C'est-à-dire sur plus de trois mille kilomètres.
«Les mineurs bloqués à Dawson attendent avec impatience l'époque de la débâcle qui leur permet d'espérer la venue des bateaux de ravitaillement.