«J'en viens maintenant à l'histoire. Donc, ainsi que je vous le disais, la chose avait été décidée dans un des bars de Dawson: le Monte-Carlo.
«Il ne faut pas vous imaginer que la Dawson de 1902 était semblable à la ville d'aujourd'hui. Mais combien plus pittoresque!
«Naturellement, nous avions eu des bars avant d'avoir une église: nous avions le Bank, l'Exchange, le Northern, le Savoy et surtout le Monte-Carlo où, pour un dollar, nous avions le droit de goûter les charmes de la valse entre les bras d'une dancing girl, yes, sir, un dollar pour une valse. Il est vrai que l'on donnait deux dollars pour un cocktail; bah! la terre «payait» et la poudre d'or semblait ruisseler entre nos doigts comme l'eau des sluice boxes. Heureux temps tout de même!
«Les souvenirs m'emportent, excusez-moi. Or, un soir, au Monte-Carlo, nous vîmes entrer Hans Troemsen suivi de son inséparable chien Push. L'entrée du bon géant blond fit sensation. En effet, jamais le Scandinave ne franchissait le seuil du cabaret. Il était accompagné par Ralph Harrisson, un mauvais garçon, franc buveur et coureur de filles.
«—Jésus et le mauvais larron», fit à voix haute James W. Bilt.
«On rit. Ralph dédaigna l'insulte. Les deux compagnons s'assirent à une table écartée. L'orchestre mécanique attaquait une polka. On dansa sans plus prendre garde aux deux hommes.
«Tandis que nous dansions, un marché était conclu. Hans Troemsen achetait «sur la chance», c'est-à-dire sans autre information que la parole du vendeur, un creek, à 20 jours de marche de Dawson, du côté de Ruppert City, sur la Datkeena.
«On avait trouvé par là de la «paye» en quantité et les terrains s'enlevaient à coups de dollars.
«Au moment de régler, Hans, qui était un garçon pratique et méfiant, ne donna qu'un tiers de la somme, promettant le surplus sur place.
«Ralph fit bonne contenance, empocha les dollars et promit de conduire lui-même le nouveau propriétaire. On partirait le lendemain.