Quand il estime avoir suffisamment excité l'admiration, il émet un petit sifflement et pique droit vers la haute mer.

Je m'efforce de le suivre de mon mieux, le kayak vole littéralement sur la crête des flots et bientôt, en me retournant, je vois la Pointe de Barrow qui se perd, confuse, dans l'enchevêtrement fantastique des carcasses de baleines d'un blanc de craie sur la neige bleuie.

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Kotak vient de confectionner un plat de sa façon où le sang et la graisse de phoque jouent un rôle important.

La chasse a été fructueuse. Quatre mâles harponnés, que nous avons traînés là, avant de revenir à Point-Barrow.

Nous sommes dans une anfractuosité de rochers d'un îlot où des myriades d'oiseaux nichent, des oiseaux aux plumages étincelants; mais, ce qu'il y a d'admirable, c'est l'harmonie, l'ordre qui règne.

Chaque espèce a son domaine déterminé: les mouettes, aux plumes couleur de pêche, sont sur la haute falaise; à l'étage au-dessous, sur les rochers en terrasses qui surplombent la mer, les goélands orange se dandinent sur leurs pattes roses; dans les trous, il y a des millions d'oiseaux inconnus, portant sur leurs ailes toutes les émeraudes de l'Océan et tout l'azur du ciel.

La mer est calme, d'un vert puissant; l'horizon est fermé, là-bas, dans un arrière-plan bleuâtre où se silhouette la masse dentelée d'un iceberg, qu'entraînent irrésistiblement les courants sous-marins.

Et Kotak, très fier de montrer son savoir, en profite pour me faire un cours sur les phoques.

Il s'exprime certes avec moins d'élégance que M. de Buffon, mais M. de Buffon aurait beaucoup appris à l'entendre.