—Oui, des parapluies, c'est vraiment très commode, des parapluies échangés aux pêcheurs et aux trappeurs, de grands parapluies rouges ou bleus qu'ils ouvrent et referment avec fracas. Les animaux affolés font des bonds, tombent, essoufflés; le jeu des parapluies recommence et, ainsi de suite, jusqu'à ce que les animaux soient rendus à l'endroit propice pour les abattre. Parfois, la chasse dure vingt jours.

Je reste confondu devant l'utilisation inattendue des riflards de nos pères par les Esquimaux d'Alaska. Et comme toujours, dans les plus tristes choses, il y a une note comique; c'est la note comique que je retiens et qui me fait sourire. Je souris encore quand Kotak me dit:

—Ne nous attardons pas, la nuit va manger le jour. Si tu veux, nous retournerons, petit frère, nous et notre chasse.

Et nous sommes rentrés à Point-Barrow, le dernier port du monde avant le pôle ou le premier, cela dépend à quel point l'on se place et d'où l'on vient.

VII
SUR LE TRAIL

Brusquement, la longue trace blanche, le trail, sur laquelle glisse le traîneau, a disparu, et pour comble de malchance une bourrasque de neige s'est abattue.

Vaillants, mes chiens font tête, mon team est attelé à la façon indienne, le leader d'abord, puis les autres déployés en éventail. Les bêtes tirent sur les harnais, enfonçant leurs ongles durs dans la neige gelée, les jarrets tendus, le museau cherchant la piste…

Si mes souvenirs sont exacts, après cette colline, je dois retrouver le trail de la poste; j'encourage mes bêtes de la voix: Mush, mush on, boys…, mes sept labradors redoublent d'effort, mon sleigh passe, rapide; un coup de collier, enfin voici le sommet de la colline…

Là-haut la tempête fait rage; les chiens, aveuglés, s'affolent et nous dévalons la pente comme poussés par l'ouragan.

Et le team s'enfonce dans une gorge étranglée; l'abîme est là, à sept cents pieds. L'éventail se replie; d'instinct, les chiens ont pris le virage. J'ai le temps d'apercevoir le gouffre où le vent se précipite en mugissant…