C’est là-bas, plus au sud, dans la Nouvelle-France, les premiers colons défrichent la terre généreuse, le missionnaire est déjà là, un de ces admirables jésuites qui aspirent à « mourir sur le champ de bataille ».
Non loin du Fort Richelieu, deux soldats, un Huron, suivent la piste du Père de Nouë, mais ils souffrent de marcher les pieds bridés.
— Je vais au Fort, attendez-moi, on va vous secourir.
Le Père part, sans boussole, sans provision, la neige tombe, la poudrerie fait rage ; dans la forêt, il cherche en vain une trace, il s’égare.
Pendant des heures, il erre, le froid, la fatigue et la faim le tenaillent, puis le brisent.
Deux jours après, on le retrouve, gelé à bloc « en la posture où l’on dépeint ordinairement saint François-Xavier, les bras croisés sur la poitrine, les yeux ouverts et fixés sur le ciel, ressemblant à un homme qui est en contemplation plutôt qu’à un mort[34]. »
[34] Lettre de Marie de l’Incarnation, 10 septembre 1646.
Sur une route pareille, Mgr de Satala aura-t-il une pareille destinée ?
A travers les siècles, les faits se confirmeront-ils ? Décembre 1863 renouvellera-t-il janvier 1646 ?
La neige qui n’a pu clore le regard mort du jésuite ensevelira-t-elle l’Oblat de Marie-Immaculée ?