— Monseigneur, je sens le feu !

Le feu ! le pauvret divague.

Mais non. Le vent s’est calmé, le jour va poindre. Ce trait noir, là-bas, c’est la terre.

— Mon fils, nous sommes sauvés.

Les pieds sont tellement engourdis qu’il est impossible de chausser les raquettes… Enfin, ils sont debout. Miracle, ils peuvent marcher, mais ce boqueteau de sapins, mon Dieu, comme il est loin. Jamais ils ne pourront l’atteindre !

— Monseigneur, un traîneau, deux traîneaux… oui, là !

… Dans la bourrasque de neige, brandissant des tisons enflammés, poussant de grandes clameurs, des hommes ont passé la nuit à la recherche des malheureux. Puis il a fallu prendre le chemin du retour avec l’absolue conviction de la mort des errants.

Ils auraient dû mourir, ils ne moururent point, ils auraient dû se geler « jusqu’au cœur », disent les Couteaux-jaunes, mais les cœurs sont vaillants… L’homme et l’enfant ont vécu l’horrible cauchemar de leur nuit à moins d’un quart d’heure de la Mission Saint-Joseph… de cette mission où ils arrivent un matin, au moment même où les Pères Gascon et Petitot offrent le Saint Sacrifice de la messe pour le repos de leur âme immortelle.

LA MORT DU SAGE

— Non, non, n’entrez pas. Le Père dort.