— Eh bien ! si vous voulez que ces enfants fêtent votre oblation, il faut venir avec moi.

Et les voici tous deux, menant les chiens, faisant 64 kilomètres en raquettes, par un froid atroce, pour aller pêcher, sous la glace, de quoi ne pas mourir de faim.

A la mission de la Providence, Sœurs Grises, vieillards, orphelins, orphelines, vivent au jour le jour.

L’histoire de la mission pourrait s’écrire avec des larmes.

Depuis que les Religieux ont bâti la maison, la famine est debout sur le seuil de la porte.

L’ÉVÊQUE DU VENT

Parmi tous les errants de la terre nordique, c’est le plus passionné qui soit. C’est l’apôtre primitif qui n’épargne jamais sa peine. Il se donne au delà des limites humaines. Son sourire est sa force, son regard une bénédiction du ciel.

Il a ramené à Dieu des âmes égarées, il a fait se courber les fronts les plus hautains.

De l’Athabaska aux bouches du Mackenzie, il va, selon sa devise d’évêque : Peregrinari pro Christo, déjouant les embûches du Malin et faisant se lever sur la terre la plus rebelle, la moisson la plus riche.

Il est l’évêque qui, depuis 25 ans[36], n’a pas de résidence ou, plutôt, il porte sa résidence avec lui. Sa crosse est un bâton de pèlerin et sa besace est lourde de promesses de la vie éternelle.